17 avril 2019

Né de sonorités issues, à l’instar de la population de Buenos Aires, des quatre coins du monde, le tango se développe de manière inouïe tout au long des XIXe et XXe siècles. La danse qui l’accompagne et le complète au fil des notes de piano, de violon et de bandonéon, loin d’être exclusivement folklorique et désuète, occupe aujourd´hui une place prépondérante dans la vie des porteños. Des milongas à la feria de San Telmo en passant par les cours proposés un peu partout dans la ville, le cœur de la capitale argentine bat toujours au rythme du tango. Novices et curieux, nous nous sommes essayés à cette véritable institution nationale et avons foulé les planches en tentant de suivre tant le tempo que nos cavaliers respectifs.

Derrière une façade aux teintes canari et acidulées, en haut d’un escalier escarpé sur les marches duquel les amateurs de danse attendent patiemment le début de leur cours, se trouve l’école de tango de Buenos Aires. Si cette dernière épouse, au premier abord, l’aspect d’un café au charme certain jouxtant une boutique d’articles de tango, nous découvrons néanmoins l’une de ses nombreuses salles, son grand miroir et son joli plancher, couronnés de hauts plafonds.

Nous y attend notre professeur pour les deux prochaines heures, Elise Barbot. Cette jeune française est partie vivre pleinement la passion qu’elle éprouve pour la danse, dont elle s’apprête à nous donner un aperçu. Après un bref échauffement, notre instructrice lance la musique qui dès lors occupe l’espace autant que notre petit groupe, que nous assemblons par paires afin de nous mettre respectivement dans les rôles masculin et féminin dont les pas diffèrent considérablement. En effet, le danseur jouit de la facilité de danser tout en ayant le regard tourné vers l’avant, contrairement à la danseuse qui, quant à elle, doit se mouvoir vers l’arrière en ayant une confiance – littéralement – aveugle en son partenaire. Ce dernier a donc pour rôle de mener le pas, en guidant sa partenaire dans cette danse d’improvisation dont nous commençons à saisir l’essence. Tout repose donc sur l’écoute, du rythme d’une part, et corporelle, pour ainsi dire, de son partenaire d’autre part. Nous nous essayons ainsi à quelques pas parfois maladroit sous l’œil avisé de notre professeur qui nous prodigue d’excellents conseils avec grande pédagogie.

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Si le tango s’est toujours dansé en couple, lors de ses débuts, les duos sont d’abord composés de deux hommes. Ils le pratiquent dans les rues, dans les quartiers pauvres, les conventillos (maisons dans lesquelles les immigrés vivent les uns sur les autres dans une précarité extrême). Ils décident par la suite de perfectionner leurs pas improvisés dans les bordels de la ville. Les prostituées, originaires d’Europe également, apprennent ainsi à danser le tango. Ce dernier hérite de sa réputation sulfureuse puisque dansé et chanté par des crapules et des courtisanes. Il gagne en popularité dans le monde à partir du XXe siècle et devient tout particulièrement en vogue dans la capitale française. La haute société parisienne s’entiche effectivement de cette danse dont les mélodies sont à présent entonnées par des orchestres à part entière jusqu’aux années 1960-1970.

C’est à cette période que le tango tombe en désuétude et que les bals comme les clubs ferment successivement tels des bars clandestins lorsque la prohibition prend fin. Passés de mode, ils sont délaissés par tout une génération et les rares artistes qui parviennent à perdurer se doivent de réinventer de le tango, le faire évoluer. Dès lors naissent, bien que critiquées par les puristes, de nouvelles formes d’arrangements qui permettent au tango de connaître une seconde jeunesse. Si le chanteur français Carlos Gardel a permis au tango de connaître un premier âge d’or quelques décennies auparavant, c’est à présent des figures avant-gardistes majeures telles qu’Astor Piazzolla qui lui donnent un souffle nouveau et tout-à-fait vital.

Grâce à ces musiciens, le tango est aujourd’hui, après avoir sauté une génération, pratiqué à travers le pays, Buenos Aires étant le haut-lieu tant de son enseignement que de ses représentations. Nous tâchons dès lors de faire honneur à ce riche héritage culturel et évoluons dans la jolie salle qui nous est réservée en apprenant à enchaîner des pas successivement vers l’avant, sur le côté puis en arrière. Nous virevoltons de tous côtés en tentant de ne pas effleurer les autres duos et tentons de saisir les mouvements et positions fondamentaux en demeurant en rythme avec les musiques qui se succèdent dans les haut-parleurs de l’école de danse. Notre professeur souligne les qualités de nos essais successifs, corrige nos positions, inter-change les danseurs et n’hésite pas à danser avec nous en embrassant les rôles féminin comme masculin afin de nous faire la démonstration de nos inexactitudes dans les mouvements et positions, sans jamais manquer de se montrer encourageante et stimulante. Nous terminons ce cours aussi exaltant qu’original en admirant un superbe tango qui, dansé par Elise et son homologue masculin nous laisse bouche bée et tient lieu d’une véritable invitation à apprendre toujours davantage de la pratique de cette danse pour parvenir à en dégager toute la passion, la poésie et la splendeur.

Des milongas, où les argentins apprennent et perfectionnent leur pratique de cette danse nationale, à la Boca où les danseurs se donnent en spectacle pour les visiteurs curieux de découvrir ce quartier coloré, le tango occupe est un élément de la vie à Buenos Aires à part entière. Ravis d’en avoir découvert les rouages et toute la complexité, nous sortons de l’école de tango avec deux hâtes : profiter d’une bonne nuit de sommeil, et revenir !

 

Brune Soubeyrat – de Gantho

Carnet pratique

Comment y aller ? NI tango, Bulnes 1011, Buenos Aires.

Un circuit ? Voyage tango: séjour à Buenos Aires ou bien Circuit et séjour tango à Buenos Aires.

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