28 octobre 2020

 

Les missions jésuites font partie intégrante de l’histoire du Paraguay. Arrivée dès la fin du XVIe siècle, la Compagnie de Jésus s’est installée dans diverses régions du pays mais aussi dans le nord-est de l’Argentine dans le but d’évangéliser les communautés indigènes locales dont les Guaranis. Les plus beaux vestiges de cette époque se trouvent dans le sud du pays, notamment avec les ruines de Jesús de Tavarangüé qui sont les mieux conservées à ce jour. Retour le temps d’une journée sur un lieu saisissant et chargé d’histoire.

Nous arrivons à Posadas depuis la frontière argentine, sous un soleil radieux accompagné d’une douce brise tropicale. Nous comptons explorer le sud du pays en suivant les traces des jésuites. C’est en effet dans cette région que leurs missions ont été le mieux conservées. Pour cela, il nous semble judicieux de voyager avec un chauffeur privé pour la journée. Ce dernier nous conduit jusqu’à la petite ville de San Miguel. Reculé, nous devons tout d’abord traverser ses charmantes ruelles pour accéder au site, comme si ses ruines se trouvaient dans un endroit jalousement gardé.

Nous traversons une bonne partie du parc puis l’immensité du lieu s’offre à nous : un espace verdoyant avec en son centre un imposant vestige teinté de rouge et d’orange, bordé de colonnes majestueuses et de palmiers. Le lieu, dépeuplé de ses visiteurs, est paisible, nous avons l’impression que ses murs si colorés sont en état de sommeil profond, bercés par la chaleur du matin.Impressionnés par la grandeur et la conservation de ces murs antiques, nous apprenons que ce grand édifice est l’église principale. Nous arpentons ses murs, contemplant le travail des frises restées intactes, pour ensuite nous faufiler rapidement à l’intérieur.

Ce qui la distingue des autres réductions jésuites, c’est son style architectural. Le frère catalan José Grimau qui dirigeait les travaux de l’église dès 1756, s’inspirait grandement du style mudéjare, ce courant architectural venu du sud de l’Espagne et du Portugal. Nous remarquons cette influence dans les arches trilobées, c’est-à-dire en forme de trèfle.

L’effet ombre et lumière est saisissant, comme si ce contraste rappelait le destin tragique qu’ont souffert les missionnaires et les communautés qui vivaient dans cette réduction. Ils ont été en effet expulsés voir massacrés durant la fin du XVIIIe siècle par la Couronne espagnole, voyant leur expansion d’un mauvais œil. L’Église principale n’avait d’ailleurs pas pu être terminée à temps.

La réduction se composait de cette grande église qui surplombe le parc, mais aussi d’une école, d’un atelier, d’un jardin et des nombreuses ‘‘casa de indios’’, maisons destinées aux guaranis. Prospère, elle était le lieu de vie de ces communautés supervisées par un petit groupe de Frères. Ils ne les considéraient pas comme esclaves mais plutôt comme disciples, les protégeant ainsi des bandeirantes portugaises et des chasseurs d’esclaves brésiliens. Ils les alphabétisaient et leurs enseignaient la maçonnerie, mais aussi l’art comme les sculptures et la musique. Un nouveau courant issu de ce choc culturel a d’ailleurs émergé : le baroque guarani.

Nous continuons notre chemin pour faire le tour de la façade arrière. Nous nous laissons emporter par le superbe panorama de campos paraguayos que les hauteurs des ruines nous permettent de voir. Placide, l’horizon de ces champs verdoyants est d’une tranquillité singulière. Ces grandes étendues d’herbes sont garnies d’une végétation luxuriante encore sauvage. Nous nous imaginons l’atmosphère qui régnait à l’époque. Nous terminons notre tour par la visite du musée qui jouxte le parc, afin d’en apprendre un peu plus sur leur histoire. Nous terminons notre journée un tereré à la main, en pleine conversation avec les locaux du village venus nous voir. L’amabilité des Paraguayens nous surprendra toujours autant.

Nous repartons emplis de joie, ravis d’avoir pu être présents sur un lieu considéré comme utopique à l’époque. Chaque ruine a son histoire et une énergie qui lui est propre. Nous avons déjà hâte de continuer notre voyage sur les routes jésuites !
Classée au patrimoine mondial culturel de l’UNESCO, la mission Jésus de Tavarangüé est idéale pour les amateurs de culture et d’histoire, mais aussi pour toute personne curieuse de connaître un lieu insolite. Ces ruines ne vous laisseront dans tous les cas pas indifférents.

 

Marilys T.

Carnet pratique

Comment y aller ? Les ruines Jesús de Tavarangüé se situent à une quarantaine de kilomètres d’Encarnación. Opter plutôt pour un chauffeur privé pour la journée que les transports collectifs, vous laissant plus de flexibilité lors des visites.

Conseils : penser à emmener et de la crème solaire, chapeau, de l’eau et de la monnaie sur soi. Le ticket d’entrée coûte environ de 5 euros. Visite libre ou avec guide. Guides uniquement hispanophones ou anglophones.

Un circuit ? Combiné nord-est Argentine et sud-est Paraguay ou bien encore Partir sur les traces des jésuites en Argentine, Bolivie et Paraguay

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