02 décembre 2018

Au cœur de la capitale argentine, dans le quartier d’Abasto, se trouve une petite salle de spectacle reculée, discrète autant que surprenante. C’est ici que se produit depuis 2001 l’orchestre de tango Fernández Fierro, qui revisite ce style musical d’une manière inattendue. Nous avons plongé dans cet univers artistique le temps d’une soirée magnifique, au son du typique tango argentin.

La file est bruyante et agitée. Elle est longue, se déploie même en dehors des portes du CAFF, le Club Atlético Fernández Fierro. Nous sommes au cœur du printemps argentin et la chaleur est douce sur la capitale ; c’est une soirée idéale pour se rendre à une représentation musicale dans ce quartier d’Abasto, au centre de la ville. Nous entrons dans le lieu proprement dit, dont les murs sont couverts d’affiches politiques progressistes critiquant le gouvernement, la crise économique et sociale. Il y des photos des manifestations de la crise de 2001, des manifestes pro-avortement et des graffitis. Une ambiance somme toute alternative, artistique et underground.

Nous entrons dans la salle du fond, là où le spectacle prendra place quelques instants plus tard. Nous sommes accueillis à bras ouverts par les artistes eux-mêmes, hommes et femmes, barbus, chauves, cheveux de toutes les couleurs et tenues extravagantes. Une salle de représentation pas comme les autres. On se croirait comme plongés dans l’ambiance d’un cabaret des années 1920 à Paris, avec pour seule différence une boule à facette qui tournoie au plafond et projette ses centaines de carrés de lumière sur les murs de la grande pièce. Cette dernière est remplie de petites tables, assorties de chaises toutes dépareillés et de multiples couleurs. On nous invite à nous asseoir où bon nous semble, à commander à boire et à manger.

Le CAFF a ouvert en 2004. Il accueille presque tous les soirs de la semaine des concerts et des artistes de genre très variés. Musique traditionnelle, alternative, rock ou même classique. Mais ce soir là, nous sommes venus voir un groupe particulièrement original et talentueux, l’orchestre Fernández Fierro. Créé en 2001, le groupe de 12 musiciens et chanteurs court la capitale et les salles de spectacle mais maintient son cap au CAFF. Leur style est unique et surprenant. Un mélange entre la poésie désuète du tango et la modernité du rythme.

La salle est comble, les derniers arrivants s’assoient contre le mur au fond de la salle. Les discussions vont bon train sur chaque table, les verres s’entrechoquent et les voix sont fortes. Soudain, le rideau se lève sur un personnage pour le moins surprenant. Un homme travesti, perché sur des talons hauts, se lance pour un show humoristique d’un quart d’heure pour le plus grand bonheur de la foule. Un humour fin, une voix unique. Il laisse ensuite sa place aux artistes tant attendus.

Ils sont donc 12 sur scène, assis derrière leurs instruments, la chanteuse fermement debout devant tous les spectateurs. La musique est lancée. Un rythme effréné, un ton grave, des notes en demi-ton qui chantent dans la salle. Le public est littéralement hypnotisé par la mélodie à quatre temps et la voix grave de la chanteuse. Les paroles sont en espagnol mais sont transparentes et se comprennent.

On entend la musique du tango. Cette danse typique argentine, centenaire, conserve en elle la totalité et la complexité de la culture locale. Un ton sensuel, des paroles souvent concentrées sur les thèmes de l’amour perdu, de la fierté de la nation. Le tango est à la fois cette danse désuète et émouvante, mais aussi ce style indémodable, ici magistralement revisité par l’orchestre Fernández. Les instruments utilisés sont typiques de la culture du tango : le bandonéon, d’origine allemande, est un instrument proche de notre accordéon français. Beaucoup utilisé dans les milieux populaires émigrés d’Europe en Argentine, il s’impose rapidement dans les danses locales. La mode du tango s’exportant en Europe dans les années 1920, le bandonéon trouve ses lettres de noblesses dans les milieux bourgeois. Quand au violoncelle, au piano et au violon, ils restent des instruments également habituels des orchestres de tango jouant des musiques destinées à faire danser jeunes et vieux.

Un judicieux mélange de modernité dans le style, les paroles et la forme, et de tradition par les sons, le rythme et la profondeur, qui a mené le collectif collaboratif Fernández Fierro sur les scènes des plus grandes villes du monde : Sao Paulo, Mexico, Londres, Amsterdam, New-York, Montevideo. Finalement, un groupe original, alternatif, plein de poésie et de jeunesse. Des passionnés, des musiciens hors-pair, un spectacle magnifique par ses sons et ses lumières. Un moment inoubliable pour la foule de spectateurs venus écouter le temps d’une soirée ce show unique. Une parenthèse dans le temps, un instant de grâce dans un lieu aussi beau que la musique qu’il donne à écouter.

 

Josephine Boone

Crédits photos : Fernández Fierro, José F. Zamora, Peter Tea, Emilio Canelas, Victor Pane, Osiris Martí 

 

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